À l’initiative de son président, avantageusement secondé par la vice-présidente, le club « Les amis randonneurs de Bezannes », fort du succès remporté par trois précédentes éditions, a proposé à ses membres pour le week-end de l’Ascension une quatrième - et sans doute dernière – excursion en Hollande, sous la forme d’une navigation sur la Markermeer à bord d’une ancienne péniche reconvertie en voilier de plaisance, le Châteauroux.

      


 

 

            La majorité des membres de l’expédition partirent donc de Bezannes le jeudi 5 mai à 7 h 30 pour se rendre en covoiturage jusqu’au lieu d’embarquement. Une première étape rassembla les aventuriers pour le pique-nique à Kinderdijk, « la digue de l’enfant ». Ce site exceptionnel, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, doit son appellation à une légende qui rapporte que, lors d’une inondation catastrophique survenue en 1421, un enfant fut miraculeusement sauvé et déposé sur la digue dans un berceau, en compagnie de son chat. L’endroit permet d’admirer les dix-neuf moulins qui servirent autrefois à l’assèchement des marais, disposés tout au long d’une digue de deux kilomètres.

 

                                                                                                                                                                                           

 

 

            L’étape suivante conduisit ceux qui le désiraient à Leyde, la ville natale de Rembrandt. Ses riches maisons aux pignons à redents, ses canaux où viennent s’amarrer d’innombrables bateaux, ses églises imposantes témoignent de la prospérité du passé de cette cité, fondée sur l’industrie du drap et les activités portuaires. Son université, la première des Pays-Bas libérés de l’Espagne, connut un rayonnement exceptionnel dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. C’est là que René Descartes, qui s’était retiré en Hollande à partir de 1629, publia en 1637 son fameux Discours de la méthode, qui s’ouvre sur la célèbre formule : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »

 

 

 

                                  

 

            Toute l’équipée se retrouva vers 18 h à Monnickendam pour l’embarquement sur le « Châteauroux » , à l’exception de nos deux ravitailleurs qui, singulièrement dépourvus de ce bon sens cher à Descartes, se risquèrent sans GPS sur les routes belgo-hollandaises où ils restèrent bloqués dans trois heures de bouchon… Finalement rendus à destination, c’est avec soulagement qu’on put alors affronter d’autres bouchons… de champagne, afin de fêter dignement l’arrivée de tous à bon port et notre accueil par le skipper Ars, son aide Stephen et sa compagne Rebecca, sans oublier l’adorable chien Iso, la mascotte du « Châteauroux ».

            Après une nuit réparatrice dans les couchettes au confort approximatif - mais tellement pittoresques – du « Châteauroux », nous embarquâmes le lendemain pour une traversée de la Markermeer à destination de Lelystad. C’est là qu’on peut admirer le « Batavia », un navire de la Compagnie des Indes Orientales reconstruit à l’identique sur son modèle de 1628. Ce navire fit naufrage sur les récifs de la côte australienne lors de son premier et unique voyage à destination de Djakarta. On lira avec profit le récit de ce naufrage dantesque dans l’ouvrage remarquable que lui a consacré Simon Leys, Les Naufragés du Batavia.

 

 

 

                                  

 

 

Moyennement enchantés à la perspective de passer la soirée et la nuit à Lelystad, une ville nouvelle à peu près aussi attractive qu’un parc d’affaires, nous décidâmes de retraverser la Markermeer à destination de Hoorn.

 

            Hoorn est incontestablement l’une des plus belles villes portuaires de la Markermeer. Rappelons que c’est un marin originaire de cette ville, Willem Cornelisz Schouten, qui fut le premier à contourner l’extrémité de l’Amérique du sud et donna son nom au dernier îlot de la Terre de Feu, le Cap Horn. Hoorn fut l’une des fondatrices de la Compagnie des Indes Orientales en 1602, à l’origine de la prospérité du siècle d’or hollandais (XVIIe siècle). Son vieux quartier possède des maisons aux façades somptueuses, souvent décorées de blasons colorés et ornés de lions tenant les armoiries des villes de la région.

 

 

 

Oosterkerk, église fondée en 1453

  

 

              

 En descendant du quai, on tombe sur la Hoofdtoren, une imposante tour construite en 1532 pour surveiller l’entrée du port, et surmontée d’un élégant clocheton en bois. Elle est ornée d’une sculpture représentant une licorne, emblématique de la ville.

 

 

        

Nous quittâmes Hoorn le lendemain matin pour nous rendre à Enkhuizen, située juste au-delà de la Markerwaarddijk, la digue de 31 km qui relie Enkhuizen à Lelystad et sépare la Markermeer du reste de l’Ijsselmeer (ex Zuidersee), formant un lac d’eau douce de 700 km2.

            Enkhuizen dut sa prospérité à la pêche au hareng, jusqu’à l’ensablement de son port et la construction de la digue.

 

 

Le séchage du hareng

 

        

De ce riche passé Enkhuizen a gardé de superbes maisons aux façades décorées et aux pignons à redents.

        

 

Enkhuizen possède une église remarquable du début du XVIe siècle, l’église St Grommaire, dont le clocher en bois repose sur un socle de pierre.

 

Non loin du quai, on peut admirer une tour imposante, qui faisait partie de l’enceinte de la ville et était destinée à surveiller l’entrée du port. Elle possède un carillon considéré comme l’un des meilleurs du pays. Sa façade est ornée d’une sculpture représentant une jeune fille avec trois harengs, emblématique de la ville.

 

La Drommedaris et son clocheton de bois

       

Une autre église de la ville présente sur sa façade une décoration qui mérite quelques explications.

 

   

On peut voir, surmonté d’une croix en forme d’ancre marine d’où part un arc-en-ciel, un poisson sous lequel figurent les mots latins « SPES NOSTRA » (notre espoir). Que le poisson constitue l’espoir de cette ville qui bâtit sa prospérité sur la pêche au hareng, rien que de très naturel. Mais cette décoration comporte également une allusion aux débuts de la chrétienté. Poisson se dit en grec « ichthus » (d’où ichtyologie, ichtyosaure, etc.), et les lettres de ichthus forment l’acronyme de Iésous Christos Theou Uios Sôter, c-à-d « Jésus Christ, fils de Dieu, Sauveur ». Le poisson était ainsi un cryptogramme qui, par allusion à la pêche miraculeuse, permettait aux premiers chrétiens persécutés de se reconnaître entre eux. Le week-end de l’Ascension méritait bien cette petite mise au point savante…

            Déjà s’achevait notre voyage. Après une dernière nuit passée sur le bateau, nous quittâmes le quai vers 9 h 30, et après un ultime repas pris en commun sur le Châteauroux, nous regagnâmes Monnickendam vers 14 h et récupérâmes les voitures pour le retour à Bezannes en soirée.

            La navigation ne fut pas le seul attrait de cette expédition. Les repas pris en commun furent des moments de convivialité joyeuse et fort animée, et l’occasion de goûter une cuisine particulièrement savoureuse. Il convient ici de rendre hommage à deux cuistots hors pair de l’expédition, qui cuisinèrent, entre autres délicatesses, une soupe « retour de chasse » d’anthologie, et une terrine de sanglier de légende qui, n’en doutons pas, sont de nature à vous faire grimper les taux de cholestérol à des niveaux qui font le désespoir de la médecine, mais qui font aussi la réjouissance des palais.

            L’organisation impeccable (félicitations aux responsables !) de ce voyage et la stricte, mais juste, répartition des tâches entre tous les membres participants ne contribuèrent pas peu à la pleine réussite de ce périple en terre batave.

            Alors, c’est le moment de s’écrier : « Et en route pour de nouvelles aventures ! »